Carte de voyages

Dernière grande ville aux portes du désert et de la frontière pakistanaise, Jaisalmer a été d’un certain point de vue notre première vraie étape indienne. Le Junagarth Fort, cette immense fortesse ocre qui prend d’assaut le reste de la ville, nous a offert tout ce qu’un touriste s’attend de sa visite : un peu plus de tranquillité et d’authenticité, le Rajasthan dans ce qu’il a de plus essentiel.
Je me souviens très bien du moment où j’ai décidé que je voulais partir en Inde, pour de vrai. On était à Turin, à la Venaria Reale, et on admirait les photos de Steve McCurry. Certaines venaient d’Afghanistan, du Pakistan, ou encore d’Italie ou de France. Mais celles qui m’ont le plus marquées alors sont celle du Rajasthan. Les couleurs, l’intensité, le désert...je voulais voir ça, je voulais vivre ça.
"Jaisalmer est le Rajasthan dans ce qu'il a de plus essentiel."
Jaisalmer était un de ces endroits dans le monde pour lequel je voulais lutter. Je ne pouvais pas vivre ma vie sans y être allé. Bien sûr, une fois arrivé, après déjà quelques jours de voyages dans cette Inde si demandeuse d’énergie et d’attentions, l’image de carte postale a fait place à une réalité très différente. Et pourtant. Peut-être parce qu’on s’était déjà un peu habitué à l’inhabituel. On regardait les choses autour de nous comme si on les avait toujours vues : les maigres vaches sacrées (mais pas sacralisées, on y reviendra quand on parlera du Gange), les phacochères, chèvres et autres chiens errants qui peuplent la rue, le soleil et la forte chaleur sèche, les troupeaux de dromadaires qui traversent la route, les hommes et les femmes multicolores dont on rêvait avant de partir...Tout était là.
Le reste aussi. Moins rose. La pollution extrême (moins que celle de New Dehli, mais toujours plus que ce que devrait supporter n’importe quel être humain), la pauvreté à perte de vue, les coupures d’électricité, l’hygiène déplorable. Ces aspects négatifs sont aussi importants pour comprendre le choc qu’est le reste. A Jaisalmer on visitera pour la première fois un temple jaïn, et c’est une expérience magnifique que je recommande à n’importe qui au moins une fois dans la vie. Le silence, les chants suspendus, sans prétention, ce profond mysticisme qui se révèle dans les détails (assez loin de celui m’as-tu-vu du christianisme par exemple), ce respect incroyable pour tout être vivant, le jaïnisme est certes un extrémisme, mais de ceux discrets qui ne feront jamais de mal à personne.